30.01.2008

20 ans

Dans un bar, un copain et moi-même entamons une conversation avec les jeunes filles d’à côté. Rapidement, elles se renseignent sur mes préférences sentimentalo-sexuelles qui semblent les intéresser. Une d’elles, 20 ans d’âge, commence à me faire du rentre dedans jusqu’à ce que je lui explique que, certes, elle est mignonne mais que je suis nettement plus proche du double de son âge que de son âge. A quoi, elle me répond :

-         Pas possible, tu pourrais être ma mère !... T’as raison.

Biologiquement, elle a aussi raison mais c’était la première fois qu’on me la sortait, celle-là.

 

Morale de cette histoire : baiser sans scrupule une gamine qui le cherche, c’est de la légitime défense.

14.01.2008

Sens-tu le monde palpiter?

- D’où viens-tu?

- De chez les morts.

- Ah ! Et comment vont-ils ?

- Etrangement bien, à vrai dire.

- Comment sais-tu qu’ils sont morts, alors ?

- Crois-tu qu’être mort, c’est aller mal ? C’est peut-être exactement l’inverse. Ils ne sont plus qu’eux-mêmes. Ils ont rompu leur lien au monde et errent comme en apesanteur. Ni heureux ni malheureux, sans amour et sans haine, détachés du bien et du mal.

- Comment arrive-t-on là ?

- Tu perds ton âme.

- On l’a tous plus ou moins perdue.

- L’âme du monde habite chacun des vivants mais, ne pouvant s’observer elle-même, elle ne se voit jamais. Si tu veux voir pour croire, tu n’y accèderas jamais.

- Laisse-moi connecter mon âme à la tienne.

- Sens-tu le monde palpiter ?

- J’entends battre son cœur.

18.10.2007

Projets

Mon patron me dit qu'il faut absolument que je concentre toute mon énergie sur notre projet. C'est dommage, j'avais justement d'autres projets.

19.09.2007

Les perles de l'édition

Belle preuve de courage, pour un éditeur, de rendre publiques ses archives internes. Les notes de lectures qui montrent non seulement quels manuscrits il a refusés mais aussi les motifs invoqués. C’est pourtant ce qu’a fait Knopf, un gros éditeur américain.

 

Quelques perles, Le journal d’Anne Frank refusé au motif que le livre était « très ennuyeux ». Au risque de paraître une brute, jusque là, je serais plutôt d’accord. Mais ça continue : « l’histoire déprimante de petites querelles familiales, d’ennuis sans importance et d’émois d’adolescente. » Même si ce bouquin ne m’a pas fait passer de nuit blanche, il me semble qu’il y avait quand même autre chose. « Même si l’ouvrage était arrivé il y a cinq ans, quand le sujet était encore d’actualité, je ne crois pas qu’il aurait pu avoir quelque succès. » On était en 1950 et le sujet était jugé dépassé. Non seulement, le livre est devenu un de plus gros best sellers de l’histoire (30 million d’exemplaires) mais on le lit encore aujourd’hui. C’est le 726ème livre le plus vendu sur Amazon

 

Knopf qui a publié les ouvrages de 17 prix Nobel et 47 prix Pulitzer semble avoir peu de flair pour dénicher les nouveaux talents. Isaac Bashevis Singer refusé au motif que « c’est encore des juifs riches en Pologne », Anaïs Nin « Il n’y a pas d’intérêt commercial à la prendre et, à mon avis, pas d’intérêt artistique non plus. », Sylvia Plath « assurément pas assez talentueuse pour attirer notre attention. », Lolita de Nabokov « trop suggestif ». Pour Lolita, c’est une drôle de formulation. Je comprends qu’on puisse le trouver choquant ou obscène, qu’il puisse répugner à certaines âmes mais « suggestif », ce n’était pas le premier mot qui me venait à l’esprit.

 

Bref, si vous écrivez et que votre manuscrit est rejeté par un grand éditeur, il ne faut pas immédiatement en conclure que vous êtes nul. Même s’il semble que la plupart de leurs refus soient à raison.

 

En tant que lecteur, cela démontre surtout combien il est important de s’éloigner des autoroutes que tracent pour nous les machines marketing des éditeurs. Il y a de grands livres qui ne trouvent qu’un petit éditeur, qui ne seront pas sur les tables de tous les libraires, s’ils ont la chance d'être sur la table d’un seul. Je l’avoue, je ne furette pas assez moi-même. En dehors des sentiers battus, je vous recommande vivement V.I.T.R.I.O.L. d’Arnaud Pelletier paru aux éditions Caméras animales. Allez sur leur site et commandez-le.

06.09.2007

Les vacances, autrement

J'ai un vrai souci de pétasse : panne d’idées pour mes vacances en novembre. Ou pour être plus précise, tellement occupée que je n’ai pas le temps de me poser pour mettre de l’ordre dans mes envies. Telle une âme en peine, je surfe à la recherche de la destination ou de l’argument qui nous permettra d’arriver à un accord enthousiaste, mon amie et moi. Même quand je ne cherche pas activement, le sujet continue à tourner en boucle dans un coin de mon cerveau, pourtant bien encombré par ailleurs.

J’ai fini par tomber sur un plan d’enfer. Forfait all inclusive : activité sportive.bmp, atelier culinaire.bmp, pension complète.bmp, hotel avec piscine.bmp, tout est compris sauf les cocktails alcoolisés qui sont en supplément.

 

En fait, il s’agit de photos issues d’un reportage dans les usines chinoises paru sur le site du magazine Wired ( http://www.wired.com ).

La première photo est prise dans la cour d’une usine qui fabrique notamment pour Nike. C’est le rush pour la pause déjeuner.

La deuxième provient des ateliers d’une usine qui débite du poulet, Deda. 100 millions de poulets par an, principalement pour l’export puisque leur qualité le permet.

La troisième est prise dans la cantine du plus grand fabricant de costumes en Chine. Pause déjeuner, 20 minutes chrono. D’ailleurs, vous remarquerez que, consciencieusement courbées sur leur plateau, elles semblent plus occupées à avaler leur repas qu’à discuter du dernier épisode de Desperate Housewife. Remarquez aussi la petite en rouge. Rouge et isolée.

La dernière est celle d’une cité dortoir d’un grand complexe industriel où les travailleurs font sécher leurs vêtements de travail sur le balcon. La couleur encre de Chine de la rivière n’est pas une illusion d’optique.

 

Finalement, bosser à Paris, c’est pas si mal.

02.05.2007

J'ai embrassé l'aube d'été

Des mois. Des mois entiers passés dans un tunnel circulaire, dans la chambre noire qu’était devenu mon cerveau. Mes cellules grises avaient revêtu leur habit de deuil et broyaient du triste en boucle. La mélancolie avait recouvert mes journées comme une neige de charbon. Je ne résistais pas. Mes pensées et mes peines étaient mon seul geôlier et ne domptaient que ma docilité. Je fuyais la lumière dont le moindre rayon, j’en étais certaine, me foudroierait. Un photon suffirait à anéantir l’édifice branlant qui matérialisait mon existence.

Le 24 décembre, je profitai de la longue nuit et de l’épaisse couche nuageuse pour m’enhardir dans une longue promenade en des lieux que la musique n’atteignait pas. C’est le moment que choisirent les nuages pour fondre en une chute de cristaux aussi brève qu’intense. Les étoiles étincelaient de tous leurs feux dans le ciel maintenant immaculé. La lune inondait la neige de ses rayons, éblouissant mon regard émerveillé. Je baignais dans ce jour nocturne, sa lumière glacée me réchauffait le coeur. La neige étouffait le bruit de mes pas, je flottais, ivre de lumière. J’étais un papillon, plus un lombric. Je ne pouvais attendre que le jour se lève, j’ai tendu les bras vers le ciel et imploré : soleil paresseux, sors de ton sommeil. Au milieu de la nuit enneigée, j’ai embrassé l’aube d’été.

L’espoir n’a duré qu’une nuit. L’aurore a ramené les ténèbres. Mais, le temps que vit un papillon, la vie a frémi en moi. L’envie et le désir ont parcouru mon être. Leur départ a cédé la place à la désolation, reine intemporelle de ce lieu. Seule la nuit sans fin pourra la détrôner par un beau solstice d’été.

 

 

Ceci est ma participation a l'atelier d'écriture de cette semaine sur http://impromptus.fr/dotclear/ . Le thème en est le vers de Rimbaud: "J'ai embrassé l'aube d'été"

29.03.2007

Envoûtement livresque

Pour plusieurs raisons, je n'avais pas envie de mettre de commentaires de livres sur ce blog et je pense toujours que mon avis sur un bouquin est finalement de peu d'intérêt pour l'humanité. Pourtant, je viens de terminer un bouquin qui m'a vraiment émerveillée. C'est la seconde fois de ma vie que j'ai ressenti une telle émotion en lisant un livre. Je fais donc exception à ma règle de conduite pour partager avec vous ce coup de coeur imparable.

Il s'agit d'un livre de Sôseki, Oreiller d'herbes.

Un peintre se retire de l'agitation de Tokyo pour se consacrer à ses réflexions sur son art, sur la distanciation de l'artiste nécessaire à l'apparition de l'oeuvre, sur la création de l'oeuvre d'art idéale. Dans son ailleurs, surgira l'ombre d'une femme, aussi insaisissable que l'oeuvre d'art idéale. La femme et l'oeuvre se donneront mutuellement consistance dans l'esprit du peintre par un chemin dont l'irrationel et l'émotion sont parfaitement rendus.

Le tour de force consiste à nous envouter jusqu'à nous aspirer dans son monde intérieur, à nous entraîner dans son exil créateur. Il nous fait vivre son propos. On se rend bien compte de la distance à laquelle il nous entraîne quand il nous ramène à la réalité, d'un coup de plume qui survient comme la sonnerie du téléphone au mileu d'un rêve: "Peut-être un jour, un dix-millième de la mare de sang qui va baigner la grande plaine au nord s'échappera-t-il des veines de ce jeune homme. La pointe du sabre qui pend à sa hanche fumera un jour. Mais il est assis à côté d'un peintre qui, dans la vie, ne reconnaît d'autres valeurs que celles du rêve. Il est assis tellement près de lui qu'il pourrait en se penchant entendre battre son coeur dans sa poitrine. Ces battements expriment peut-être déjà les tornades de la grande plaine du nord."

Un très grand livre, un de ceux dont on se sent en deuil après avoir tourné la dernière page.

31.01.2007

Une question parmi d’autres (2)

« …la société contemporaine veut nier l’horreur. Quand j’étais petit, on conduisait les enfants au chevet des morts. Maintenant, nous sommes dans un monde qui n’est pas préparé à recevoir de plein fouet le visage de la réalité telle qu’elle est, ou telle qu’elle finit forcément par arriver.

Jusqu’à quel point faut-il avoir pitié d’une collectivité qui ne veut pas regarder la réalité en face ? Des individus, oui, on peut avoir pitié, mais de la société, non. Une société qui, neuf cents ans après Homère, a eu toutes les informations nécessaires sur l’horreur et n’est même pas capable de les utiliser pour se protéger ? Qui préfère s’installer dans une fiction confortable, en se rendant complètement vulnérable ? »

Arturo Pérez-Reverte dont le dernier roman, Le peintre de batailles vient de sortir.

- Et moi ?

- La télé et les médias, ils nous abreuvent d’horreur et de violence OU ils nous éloignent de l’horreur réelle ?

17.01.2007

Une question parmi d'autres

Hasards de vie, de lecture et de cinéma…  Dans Rois et Reines, un père fait part à sa fille, jusqu’alors convaincue d’être chérie, du mépris et de la haine qu’elle lui inspire. Révolté à l’idée de sa disparition prochaine, il regrette de ne pouvoir détourner sa propre mort vers elle : « Ma petite fille tu es âcre, froide et superficielle comme du lait caillé. Je suis en colère contre toi. Ta fierté a tourné en une vanité aigre. Ton orgueil est devenu une coquetterie stupide. Aujourd'hui tu es une outre d'amertume. Je te crains, je te hais ma petite fille. Je voudrais que tu aies mon cancer et que tu souffres et avoir du temps pour te pardonner. Alors je meurs dans la colère. Je ne supporte pas que tu me survives, je voudrais que tu meures à ma place »

Du côté de chez Philip Roth, Mickey Sabbath renonce à se suicider parce que « tout ce qu’il haïssait se trouvait ici ».

Contraste : Aznavour chante la mort paisible de la grand-mère au milieu des siens. Apparemment sans regret au moment de quitter cette vie où elle a aimé et été aimée.

Haïr et vouloir vivre. Aimer et accepter la mort. Qu’est ce qui nous attache le plus à la vie ? Ce que nous aimons ou ce que nous haïssons ? Ou encore, ceux qui haïssent sont-ils plus attachés à la vie que ceux qui aiment ?

03.05.2006

To be or not to be... heureuse?

Sondage après sondage, plus de 90% des français se déclarent très ou plutôt heureux. La formulation « plutôt heureux » me paraît hasardeuse. Comment être plutôt heureux ? C’est comme être plutôt croyant ou plutôt amoureux. Il est des adjectifs binaires, on l’est ou on ne l’est pas mais on ne l’est pas plutôt ou un peu. Et heureux est un adjectif binaire. Disons donc que « plutôt heureux » signifie davantage « bien » qu’heureux. Ca nous laisse quand même plus de 20% voire près de 30% de français qui n’hésitent pas à se déclarer très heureux. Le « très » ne me paraît d’ailleurs pas plus approprié que le « plutôt ». Avec ou sans "très", le chiffre ne me laisse pas moins perplexe.

Parce que quand je regarde autour de moi, je vois des gens tellement absorbés par leur quotidien, tellement fermés au monde et à l’autre que je ne vois pas comment ils trouvent le temps et l’énergie de rencontrer le bonheur.

Mais surtout parce que je crois que seule l’arrivée de nouveaux plaisirs nous rend très heureux. Même si la source de ces plaisirs dure, elle ne nous rendra pas éternellement « très heureux ». On pourra en rester « plutôt heureux » mais pas durablement « très heureux » et il faudra que nous voyons de nouveaux désirs satisfaits pour nous ramener dans la réponse « très heureux ». Il suffit pour s’en convaincre de se rappeler que même l’amour le plus fort ne permettra pas à un couple trop fusionnel de se noyer dans le bonheur jusqu’à la mort. Le bonheur est par essence cyclique. Après avoir atteint un bonheur, il faudra se mettre en quête d’un autre pour rester heureux.

Si on traduit ces 20 à 30% de très heureux à l’échelle d’une vie, cela veut dire qu’en moyenne, un français satisfait suffisamment de ses désirs pour être heureux 20 à 30% du temps. Personnellement, j’ose dire que j’en suis loin. Si je peux dire que j’ai été peu souvent malheureuse, je dirais que les moments où je me suis sentie heureuse (avec ou sans « très ») ont été à peine moins rares. Pour mon malheur ou pour mon bonheur, je ne me suis rendue compte de mon handicap qu’en tombant sur ces sondages. Jusque là, je lisais plutôt des pessimistes qui me laissaient croire que mon sort était tout à fait dans la norme, voire enviable.

Ce bon Freud : «On serait tenté de dire qu'il n'est pas entré dans le plan de la création que l'homme soit heureux». Encore un truc sur lequel il s’est lamentablement planté.

Vous allez me dire que je les cherche mais Cioran : « Une constatation que je peux vérifier, à mon grand regret, à chaque instant: seuls sont heureux ceux qui ne pensent jamais, autrement dit ceux qui ne pensent que le strict minimum nécessaire pour vivre. La vraie pensée ressemble, elle, à un démon qui trouble les sources de la vie, ou bien à une maladie qui en affecte les racines mêmes. » Et là, je me demande si c'est moi qui n'ai rien compris ou s'il faut tirer des conclusions à l’échelle de la France.

Je suis toujours aussi perplexe…

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