29.09.2009

Le sexe des poissons (3)

Oublions quelques instants cette histoire de viol par un célèbre cinéaste pour revenir aux poissons.

Les scientifiques suggèrent donc qu’un réchauffement du milieu ambiant augmente la proportion de nouveau-nés de sexe masculin. Etrangement, de nombreuses cultures primitives qui ont fait l’objet d’études par des anthropologues associent également masculin et chaleur.

Culturellement, si pas temporellement, plus proches de nous, Aristote prônait une théorie qui allait dans le même sens. Un extrait de Masculin/féminin I écrit par Françoise Héritier : « Sur le modèle de la génération et de la détermination du sexe, Aristote a élaboré un des plus beaux modèles explicatifs qui soient, modèle philosophique argumenté et raisonné où nous retrouvons bien des points de la génétique sauvage des populations dites primitives. …

Il postule que le sperme n’apporte aucune matière au fœtus ; il est pur pneuma, souffle et puissance.

Le mâle est celui qui est capable de réaliser, par la force de sa chaleur, la coction du sang et de le transformer en sperme : « il émet un sperme qui contient le principe de la forme », et par principe il faut entendre le premier moteur, que l’action soit menée en lui-même ou en un autre être. Or la femelle, matière, n’est que réceptacle. Si toute coction exige la chaleur, le sperme étant l’aboutissement épuré de la coction du sang, le mâle est donc doté d’une chaleur plus grande que la femelle. C’est d’ailleurs parce qu’elle est froide que la femelle a plus de sang et qu’elle en perd : sinon, elle en ferait du sperme.

C’est cette différence fondamentale, en qualités de chaud et froid, qui implique et justifie la différence anatomique des organes : un sexe, chaud, secrète un résidu pur en petite quantité que les testicules suffisent à stocker ; l’autre, froid, incapable de parvenir à cette coction, a besoin d’un organe plus vaste, l’utérus. A chaque puissance correspond ainsi un organe approprié. …

« quand le principe du mâle ne domine pas, qu’il est incapable d’opérer la coction, faute de chaleur, et n’impose pas sa propre forme. Il se montre inférieur à ses tâches, il est nécessaire qu’il se change en son contraire. » L’engendrement de filles est ainsi le résultat d’impuissance partielle, « car le contraire du mâle est la femelle. » »

Cette histoire de chaleur et de détermination du sexe semble donc avoir occupé une place dans l’esprit humain de tout temps. Et explique peut-être la fierté que continuent à ressentir certains pères d’avoir généré des fils plutôt que des filles. Des fils, symboles patents de leur puissance sexuelle.

Mais alors, un homme qui commet un viol devrait peut-être bénéficier d’une circonstance atténuante s’il a pris le soleil ou la chaleur. Parce que, si la chaleur favorise la puissance sexuelle et que celle-ci vient à déborder, il faut bien qu’elle trouve un exutoire. Et voilà qui pourrait aider Mr Polanski s’il doit à nouveau se trouver face à un juge. Ceci pourrait aussi expliquer pourquoi le printemps est traditionnellement perçu comme la saison des amours puisqu’il signifie le retour de la chaleur. Ou encore pourquoi les latins et les africains continent d’être considérés comme de bons amants dans l’imagerie populaire.  Avez-vous jamais entendu parler du potentiel sexuel des eskimos ?

En termes purement pratiques, je vais dorénavant réfléchir avant de demander à mes collègues de baisser l’air conditionné.

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