25.09.2007

Improbable Iran

«En Iran, nous n'avons pas d'homosexuels comme dans votre pays, a déclaré Ahmadinejad à l’Université de Columbia ce lundi. Nous n'avons pas ce phénomène, je ne sais pas qui vous a dit que cela existait chez nous

Juste une petite remarque de vocabulaire, les « Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles » de Benoît XVI nous qualifiaient dès la première mention de « problèmes ». Ahmadinejad ne parle que de « phénomène ». Pourtant, à y regarder de plus près, il vaut probablement mieux vivre au Vatican qu’en Iran.

Prenons comme hypothèse un niveau naturel moyen de 1% d’homosexuels dans la population, la chance qu’un pays de 70 millions d’habitants ne compte pas d’homosexuel et de l’ordre de 10 exposant -306000. Soit 0, suivi de 305999 zéros et puis 1. Excel considère égal à 0 dès qu’on approche des 10 exposant -350. Que Microsoft, aussi américain qu’on sait, préfère considérer que l’Iran n’existe pas n’est pas une preuve. Mais les maths sont ce qu’elles sont, l’Iran d’Ahmadinejad est infiniment moins probable que vous et votre gardienne gagniez le gros lot à l’Euromillion la semaine prochaine sans vous concerter (bon, faut jouer, hein ! Sinon l’Iran est plus probable qu’un immeuble multi-multi-millionnaire).

Sans faire preuve de mauvaise foi, on peut donc chercher une explication à cette exception statistique. Première explication qui me vient à l’esprit, il a modifié génétiquement les iraniens pour supprimer leurs tendances homosexuelles. Etonnant, l’avance qu’un pays qui n’arrive pas à faire une bombette crédible aurait prise dans le domaine du génie génétique.

Autre explication plus probable, Ahmadinejad a procédé à un nettoyage consciencieux. Combien a-t-il dû en faire pendre pour pouvoir être aussi affirmatif ? Difficile à dire si on tient compte des complexités de recensement décrites par Happy http://lecritquigratte.hautetfort.com/archive/2007/06/ind... . Ahmadinejad a dû ratisser assez large pour être aussi confiant qu’il n’en reste pas dans les coins. Sait-il seulement qu’il y a encore des juifs en Allemagne ?

Le roumain Gigi Bekali devrait peut-être s’inspirer de l’iranien. Avec sa proposition de « créer des quartiers pour les homosexuels et les lesbiennes, pour qu'ils y restent et nous laissent tranquilles», le chef du Parti de la Nouvelle Génération (!!!) plafonne à 15% des intentions de vote. Alors qu’Ahmadinejad, lui, il est président.

20.09.2007

Rech cobaye pr exp psycho soc

« Lors de sa dernière expérience, Nicolas Guéguen, chercheur en psychologie sociale a montré que toucher le bras d’une femme permet à un homme qui la croise dans la rue de doubler ses chances d’obtenir son numéro de téléphone (20 %). Quant au fameux « vous dansez Mademoiselle ? », ses chances de succès passent de 43 % à 65 % ! »

 

Et pour nous? Ca marche ? Certes, on est des femmes comme les autres mais l’explication avancée pourrait néanmoins rendre cette technique de séduction inopérante. « ce contact « forcé » serait interprété par la jeune femme comme un caractère de dominance « attractif ». » Si ça marche dans le L Monde, il pourrait devoir revoir sa copie. Ou je devrai changer mes idées sur les relations entre femmes. Je vous reviens bientôt avec des résultats détaillés et probants.

 

Enfin « l’expérimentateur choisi était beau garçon. Moins séduisant, il se verrait peut-être plutôt congédié par un moins affable « je ne suis pas celle que vous croyez ! » » Qui veut faire la moche pour que l’expérience soit exhaustive ? ;-)

 

* extraits de Sciences humaines septembre 07

19.09.2007

Les perles de l'édition

Belle preuve de courage, pour un éditeur, de rendre publiques ses archives internes. Les notes de lectures qui montrent non seulement quels manuscrits il a refusés mais aussi les motifs invoqués. C’est pourtant ce qu’a fait Knopf, un gros éditeur américain.

 

Quelques perles, Le journal d’Anne Frank refusé au motif que le livre était « très ennuyeux ». Au risque de paraître une brute, jusque là, je serais plutôt d’accord. Mais ça continue : « l’histoire déprimante de petites querelles familiales, d’ennuis sans importance et d’émois d’adolescente. » Même si ce bouquin ne m’a pas fait passer de nuit blanche, il me semble qu’il y avait quand même autre chose. « Même si l’ouvrage était arrivé il y a cinq ans, quand le sujet était encore d’actualité, je ne crois pas qu’il aurait pu avoir quelque succès. » On était en 1950 et le sujet était jugé dépassé. Non seulement, le livre est devenu un de plus gros best sellers de l’histoire (30 million d’exemplaires) mais on le lit encore aujourd’hui. C’est le 726ème livre le plus vendu sur Amazon

 

Knopf qui a publié les ouvrages de 17 prix Nobel et 47 prix Pulitzer semble avoir peu de flair pour dénicher les nouveaux talents. Isaac Bashevis Singer refusé au motif que « c’est encore des juifs riches en Pologne », Anaïs Nin « Il n’y a pas d’intérêt commercial à la prendre et, à mon avis, pas d’intérêt artistique non plus. », Sylvia Plath « assurément pas assez talentueuse pour attirer notre attention. », Lolita de Nabokov « trop suggestif ». Pour Lolita, c’est une drôle de formulation. Je comprends qu’on puisse le trouver choquant ou obscène, qu’il puisse répugner à certaines âmes mais « suggestif », ce n’était pas le premier mot qui me venait à l’esprit.

 

Bref, si vous écrivez et que votre manuscrit est rejeté par un grand éditeur, il ne faut pas immédiatement en conclure que vous êtes nul. Même s’il semble que la plupart de leurs refus soient à raison.

 

En tant que lecteur, cela démontre surtout combien il est important de s’éloigner des autoroutes que tracent pour nous les machines marketing des éditeurs. Il y a de grands livres qui ne trouvent qu’un petit éditeur, qui ne seront pas sur les tables de tous les libraires, s’ils ont la chance d'être sur la table d’un seul. Je l’avoue, je ne furette pas assez moi-même. En dehors des sentiers battus, je vous recommande vivement V.I.T.R.I.O.L. d’Arnaud Pelletier paru aux éditions Caméras animales. Allez sur leur site et commandez-le.

06.09.2007

Starkomania

Pas un jour ne passe sans que Sarkozy n’arrive à m’estomaquer, m’irriter, m’agacer, m’énerver, m’indigner, m’inquiéter, m'exaspérer. Sur tous les fronts, il s’applique à entretenir mon ébullition intérieure : justice, fiscalité, enseignement, institutions, politique étrangère… Chacun de ses mouvements me rappelle notre douleur. Et nul ne niera que du mouvement, il y en a. Ce type, dans son genre, c’est un sacré athlète. Du genre coureur qui ferait un marathon haies à la vitesse d’un coureur de 100 mètres. Je suis au bord de la nausée.

 

Evidemment, toute cette agitation ne manque pas de provoquer un bouillonnement anarchique dans le camp des anti-Sarko. Sensible à leurs arguments, que je trouve régulièrement justes et puissants, je me demandai pourquoi il ne contrôlait pas cette frénésie qui l’expose à toutes les critiques. Pourquoi s’acharner à fournir des munitions à ses ennemis ?

 

Jusqu’à ce que je tombe sur ce passage de Deleuze cité dans l’édito du programme du théâtre du Granit à Belfort : «La bêtise n'est jamais muette, ni aveugle. Si bien que le problème n'est plus de faire que les gens s'expriment, mais de leur ménager des vacuoles de solitude et de silence à partir desquelles ils auraient enfin quelque chose à dire. Les forces de répression n'empêchent pas les gens de s'exprimer, elles les forcent au contraire à s'exprimer. Douceur de n'avoir rien à dire, droit de n'avoir rien à dire, puisque c'est la condition pour que se forme quelque chose de rare ou de raréfié qui mériterait un peu d'être dit.» Et ça, Sarko l’a très bien compris. En étant partout tout le temps, en occupant jusque la quatrième dimension, il tue dans l’œuf tout risque de contestation solide.

 

Pour résister, commencer par résister à la tentation d’aller s’épuiser dans l’échauffourée qu’il alimente constamment. Se retirer, le piquer juste ce qu’il faut pour le maintenir en activité mais consacrer l’essentiel de son énergie à fourbir ses armes pour pouvoir livrer une bataille décisive le moment venu. L’art de la guerre, façon Deleuze.

 

Est-ce parce qu’il tape si juste que cet édito a reçu l’honneur d’une réprimande par la ministre de la culture en personne ?

Les vacances, autrement

J'ai un vrai souci de pétasse : panne d’idées pour mes vacances en novembre. Ou pour être plus précise, tellement occupée que je n’ai pas le temps de me poser pour mettre de l’ordre dans mes envies. Telle une âme en peine, je surfe à la recherche de la destination ou de l’argument qui nous permettra d’arriver à un accord enthousiaste, mon amie et moi. Même quand je ne cherche pas activement, le sujet continue à tourner en boucle dans un coin de mon cerveau, pourtant bien encombré par ailleurs.

J’ai fini par tomber sur un plan d’enfer. Forfait all inclusive : activité sportive.bmp, atelier culinaire.bmp, pension complète.bmp, hotel avec piscine.bmp, tout est compris sauf les cocktails alcoolisés qui sont en supplément.

 

En fait, il s’agit de photos issues d’un reportage dans les usines chinoises paru sur le site du magazine Wired ( http://www.wired.com ).

La première photo est prise dans la cour d’une usine qui fabrique notamment pour Nike. C’est le rush pour la pause déjeuner.

La deuxième provient des ateliers d’une usine qui débite du poulet, Deda. 100 millions de poulets par an, principalement pour l’export puisque leur qualité le permet.

La troisième est prise dans la cantine du plus grand fabricant de costumes en Chine. Pause déjeuner, 20 minutes chrono. D’ailleurs, vous remarquerez que, consciencieusement courbées sur leur plateau, elles semblent plus occupées à avaler leur repas qu’à discuter du dernier épisode de Desperate Housewife. Remarquez aussi la petite en rouge. Rouge et isolée.

La dernière est celle d’une cité dortoir d’un grand complexe industriel où les travailleurs font sécher leurs vêtements de travail sur le balcon. La couleur encre de Chine de la rivière n’est pas une illusion d’optique.

 

Finalement, bosser à Paris, c’est pas si mal.

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