19.09.2007

Les perles de l'édition

Belle preuve de courage, pour un éditeur, de rendre publiques ses archives internes. Les notes de lectures qui montrent non seulement quels manuscrits il a refusés mais aussi les motifs invoqués. C’est pourtant ce qu’a fait Knopf, un gros éditeur américain.

 

Quelques perles, Le journal d’Anne Frank refusé au motif que le livre était « très ennuyeux ». Au risque de paraître une brute, jusque là, je serais plutôt d’accord. Mais ça continue : « l’histoire déprimante de petites querelles familiales, d’ennuis sans importance et d’émois d’adolescente. » Même si ce bouquin ne m’a pas fait passer de nuit blanche, il me semble qu’il y avait quand même autre chose. « Même si l’ouvrage était arrivé il y a cinq ans, quand le sujet était encore d’actualité, je ne crois pas qu’il aurait pu avoir quelque succès. » On était en 1950 et le sujet était jugé dépassé. Non seulement, le livre est devenu un de plus gros best sellers de l’histoire (30 million d’exemplaires) mais on le lit encore aujourd’hui. C’est le 726ème livre le plus vendu sur Amazon

 

Knopf qui a publié les ouvrages de 17 prix Nobel et 47 prix Pulitzer semble avoir peu de flair pour dénicher les nouveaux talents. Isaac Bashevis Singer refusé au motif que « c’est encore des juifs riches en Pologne », Anaïs Nin « Il n’y a pas d’intérêt commercial à la prendre et, à mon avis, pas d’intérêt artistique non plus. », Sylvia Plath « assurément pas assez talentueuse pour attirer notre attention. », Lolita de Nabokov « trop suggestif ». Pour Lolita, c’est une drôle de formulation. Je comprends qu’on puisse le trouver choquant ou obscène, qu’il puisse répugner à certaines âmes mais « suggestif », ce n’était pas le premier mot qui me venait à l’esprit.

 

Bref, si vous écrivez et que votre manuscrit est rejeté par un grand éditeur, il ne faut pas immédiatement en conclure que vous êtes nul. Même s’il semble que la plupart de leurs refus soient à raison.

 

En tant que lecteur, cela démontre surtout combien il est important de s’éloigner des autoroutes que tracent pour nous les machines marketing des éditeurs. Il y a de grands livres qui ne trouvent qu’un petit éditeur, qui ne seront pas sur les tables de tous les libraires, s’ils ont la chance d'être sur la table d’un seul. Je l’avoue, je ne furette pas assez moi-même. En dehors des sentiers battus, je vous recommande vivement V.I.T.R.I.O.L. d’Arnaud Pelletier paru aux éditions Caméras animales. Allez sur leur site et commandez-le.

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