06.09.2007
Starkomania
Pas un jour ne passe sans que Sarkozy n’arrive à m’estomaquer, m’irriter, m’agacer, m’énerver, m’indigner, m’inquiéter, m'exaspérer. Sur tous les fronts, il s’applique à entretenir mon ébullition intérieure : justice, fiscalité, enseignement, institutions, politique étrangère… Chacun de ses mouvements me rappelle notre douleur. Et nul ne niera que du mouvement, il y en a. Ce type, dans son genre, c’est un sacré athlète. Du genre coureur qui ferait un marathon haies à la vitesse d’un coureur de 100 mètres. Je suis au bord de la nausée.
Evidemment, toute cette agitation ne manque pas de provoquer un bouillonnement anarchique dans le camp des anti-Sarko. Sensible à leurs arguments, que je trouve régulièrement justes et puissants, je me demandai pourquoi il ne contrôlait pas cette frénésie qui l’expose à toutes les critiques. Pourquoi s’acharner à fournir des munitions à ses ennemis ?
Jusqu’à ce que je tombe sur ce passage de Deleuze cité dans l’édito du programme du théâtre du Granit à Belfort : «La bêtise n'est jamais muette, ni aveugle. Si bien que le problème n'est plus de faire que les gens s'expriment, mais de leur ménager des vacuoles de solitude et de silence à partir desquelles ils auraient enfin quelque chose à dire. Les forces de répression n'empêchent pas les gens de s'exprimer, elles les forcent au contraire à s'exprimer. Douceur de n'avoir rien à dire, droit de n'avoir rien à dire, puisque c'est la condition pour que se forme quelque chose de rare ou de raréfié qui mériterait un peu d'être dit.» Et ça, Sarko l’a très bien compris. En étant partout tout le temps, en occupant jusque la quatrième dimension, il tue dans l’œuf tout risque de contestation solide.
Pour résister, commencer par résister à la tentation d’aller s’épuiser dans l’échauffourée qu’il alimente constamment. Se retirer, le piquer juste ce qu’il faut pour le maintenir en activité mais consacrer l’essentiel de son énergie à fourbir ses armes pour pouvoir livrer une bataille décisive le moment venu. L’art de la guerre, façon Deleuze.
Est-ce parce qu’il tape si juste que cet édito a reçu l’honneur d’une réprimande par la ministre de la culture en personne ?
15:45 Publié dans Poil à gratter | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lesbian-touch, Lesbian


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