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14.06.2007

Il y a meurtre et meurtre

Le Vatican a annoncé hier qu’il suspend son soutien à Amnesty International parce que cette organisation prône la dépénalisation de l’avortement que l’Eglise assimile à un meurtre. Si le montant est équivalent à celui qu’ils donnaient à l’Unicef (2000 euros par an), c’est bien moins dommageable pour les finances de l’ONG que pour son image de marque. Parce qu’ils ont appelé les catholiques à les imiter et que cela risque de poser question pour quelques donateurs.

Cela est d’autant plus regrettable que ce geste qui peut sembler avoir du sens pris isolement ne peut en avoir aucun si on scrute d’un peu plus près les soutiens de l’Eglise catholique aux acteurs du monde laïc. On se souvient qu'en pleine campagne pour sa réélection en 2004, le président Bush avait reçu un soutien de l'Eglise catholique américaine sur les thèmes de l'avortement et de l'euthanasie. Or, Bush a présidé à la condamnation à mort de plus de 150 personnes lorsqu’il était gouverneur du Texas.

Dans la métrique papale, tuer des criminels et quelques innocents dans la foulée, ça n’a donc pas de poids face à prévenir la naissance de bébés que leurs parents ne peuvent assumer ou maintenir en vie contre leur volonté la vie de personnes qui souffrent. Les études de l’économiste Steven D Levitt jettent un éclairage intéressant sur l’ironie de cette position. Il prétend que la baisse de la criminalité aux Etats-Unis est davantage une conséquence de l’autorisation de l’avortement en 1973 que de la politique intérieure. Parce que moins d’enfants non désirés, c’est aussi (mais pas dans la même mesure, qu’on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas !!!) moins de futurs criminels et moins de futurs condamnés à mort.

Par contre, une organisation qui combat l’injustice, défend les droits de l’homme, défend des personnes condamnées injustement et leur sauve parfois la vie se voit retirer le soutien catholique avec annonce publique. Alors qu’elle ne prône qu’une dépénalisation, pas une libéralisation de l’avortement. Les voies de Dieu restent impénétrables.

A moins que… bien qu’Amnesty ait annoncé son nouveau combat en avril, l’annonce de l’Eglise survient moins d’une semaine après que Bush ait fait une petite visite au Vatican. Et Amnesty milite aussi activement pour la fermeture de Guantanamo et l’abolition de la peine de mort et probablement d’autres dossiers encore qui embarrassent Mr le Président. De là à imaginer que Georges Bush ait touché un mot de ses contrariétés au pape et que celui-ci vienne à son secours en tentant de décrédibiliser Amnesty ?... Non ! Ce serait diabolique. Non ?

Commentaires

bonjour

euh, je ne pense pas qu'il faille voir toujours un complot de l'Eglise derrière tout et n'importe quoi, m'enfin.

L'Eglise s'est tout de même assez souvent prononcée contre la peine de mort ces derniers temps pour le montrer, enfin je crois.

vous me direz "ah, mais l'Inquisition, les croisades, c'est bien des meurtres ça", que sais-je encore. à quoi je pense qu'on peut répondre qu'il ne faut pas confondre une société (et une Eglise, qui est le produit de la société) d'il y a des siècles, et celle d'aujourd'hui. ça n'excuse rien.

finalement, je n'ai pas bien compris votre position sur l'avortement. Vous considérez qu'il s'agit d'un meurtre, ou pas? à vous lire, on dirait que oui.

bonne journée

Ecrit par : camille | 15.06.2007

Bonjour Camille,

Je ne dis pas qu'il y a complot mais simplement que cette institution n'est pas moins impliquée que d'autres dans des conflits d'intérêt, empêtrée dans des contradictions... Et, sans connaître le détail du fonctionnement des autres grandes religions, le catholicisme me paraît être celle dont les chefs sont les parmis les moins crédibles. Ce qui lui enlève, selon moi, toute autorité spirituelle.

En ce qui concerne la peine de mort, Amnesty se bat tous les jours, concrètement, sur le terrain contre la peine de mort. Alors pourquoi leur retirer le soutien du Vatican? Pour une position en faveur de la dépénélisation de l'avortement, même pas de libéralisation de l'avortement? Qu'AI demande qu'on ne punisse pas les auteurs d'actes que l'Eglise réprouve et elle lui retire son soutien. Par contre, que G.W. Bush ait effectué à de multiples reprises un acte qu'elle réprouve également ne l'empêche pas de lui accorder son soutien. Il y a là pour moi incohérence flagrante. Et les bévues sur lesquelles on se montre intraitable me paraissent mal choisies. A nouveau, je ne vois rien dans ces positions qui me permette de prêter une quelconque sagesse à ces gens.

Non, je ne me réfère pas aux croisades, ni à la position de l'Eglise pendant la deuxième guerre mondiale, ni au génocide des indiens... L'Eglise, si elle veut prétendre au rôle qu'elle revendique, se doit d'avoir une position cohérente aujourd'hui.

Concernant ma position sur l'avortement, je suis contente de n'avoir jamais eu à me poser la question. Si je m'étais trouvée en position de devoir prendre une telle décision, la question se serait effectivement posée à moi en termes de tuer un être vivant. Mais chacun doit être libre de prendre les décisions qui le concernent en fonction du contexte et des croyances qui sont les siens.

Enfin, la raison pour laquelle la question de la légitimité de l'Eglise m'intéresse autant est parce que je vois le tord qu'elle fait aux homosexuels. On ne parle pas d'abstractions, je le vis au sein de ma famille. Il est temps que ça s'arrête.

Bonne journée

Ecrit par : Leznotte | 18.06.2007

Re-bonjour

merci de votre réponse très claire.

Vous avez raison de souligner les contradictions auxquelles l'Eglise n'a pas fini de répondre. il faut du temps... et surtout ne pas désespérer. REgardez ce qui se passe sur la question du mariage des prêtres : il m'est avis que tout donne à penser, malgré tout ce que l'on peut dire (ou cracher) sur Benoît XVI, que les choses vont évoluer vers la reconnaissance.

à bientôt.

Ecrit par : camille | 18.06.2007

Personnellement, je n'attends rien. Je regrette juste d'avoir mis autant de temps pour prendre de la distance par rapport à une éducation profondément catholique et vivre libre, enfin. Je m'efforce juste de dénoncer certaines abhérations. Si cela peut faire gagner quelques semaines à d'autres qui passent par le même chemin que moi, j'en serai ravie.

Concernant le mariage des prêtres, il en va de la survie de la maison. La dernière messe à laquelle j'ai assisté était célébrée par un prêtre qui parlait à peine français, on n'a rien compris du début à la fin. Alors, soit il autorise le mariage des prêtres, soit on remet la messe en latin pour que ce soit normal qu'on ne comprenne rien à ce que dit le curé. Même ma grand-mère commence à sauter la messe de temps à autre parce qu'elle ne comprend rien. Ceci dit, si on va vers le mariage des prêtres, je suis très curieuse de voir comment on traitera leur divorce. Parce qu'il y en aura, fatalement.

Enfin, pour conclure, je rappelle la position du dit Benoît XVI sur les prêtres homosexuels. A mon sens, il a encore raté une bonne occasion de se taire.

Ecrit par : Leznotte | 20.06.2007

hééééé oui, le coup du divorce, c'est là que ça coince. bon, il y a aussi un truc. chez les orthodoxes, par exemple, un type marié peut devenir prêtre, mais une fois qu'on est prêtre, on peut plus se marier : il suffit de calculer son coup. cependant, le nombre des prêtres orthodoxes n'est pas plus en hausse pour autant. idem chez les pasteurs, ils peuvent tout à fait se marier, mais l'Eglise protestante est aussi en manque de pasteurs.

Aïe, on fait comment? on autorise les femmes? hmmm...

le problème, c'est surtout qu'une carrière dans l'Eglise (catholique orthodoxe, protestante), ça ne rapporte pas, ça empêche même carrément ou presque de nourrir une famille... et j'imagine comme certains parents prendraient un choix de vie pareil comme un échec total : c'est pas HEC, c'est pas Normale Sup'...

à part ça, j'aime beaucoup la dimension féministe de votre blog. merci pour vos textes.

Ecrit par : camille | 21.06.2007

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