29.03.2007

Envoûtement livresque

Pour plusieurs raisons, je n'avais pas envie de mettre de commentaires de livres sur ce blog et je pense toujours que mon avis sur un bouquin est finalement de peu d'intérêt pour l'humanité. Pourtant, je viens de terminer un bouquin qui m'a vraiment émerveillée. C'est la seconde fois de ma vie que j'ai ressenti une telle émotion en lisant un livre. Je fais donc exception à ma règle de conduite pour partager avec vous ce coup de coeur imparable.

Il s'agit d'un livre de Sôseki, Oreiller d'herbes.

Un peintre se retire de l'agitation de Tokyo pour se consacrer à ses réflexions sur son art, sur la distanciation de l'artiste nécessaire à l'apparition de l'oeuvre, sur la création de l'oeuvre d'art idéale. Dans son ailleurs, surgira l'ombre d'une femme, aussi insaisissable que l'oeuvre d'art idéale. La femme et l'oeuvre se donneront mutuellement consistance dans l'esprit du peintre par un chemin dont l'irrationel et l'émotion sont parfaitement rendus.

Le tour de force consiste à nous envouter jusqu'à nous aspirer dans son monde intérieur, à nous entraîner dans son exil créateur. Il nous fait vivre son propos. On se rend bien compte de la distance à laquelle il nous entraîne quand il nous ramène à la réalité, d'un coup de plume qui survient comme la sonnerie du téléphone au mileu d'un rêve: "Peut-être un jour, un dix-millième de la mare de sang qui va baigner la grande plaine au nord s'échappera-t-il des veines de ce jeune homme. La pointe du sabre qui pend à sa hanche fumera un jour. Mais il est assis à côté d'un peintre qui, dans la vie, ne reconnaît d'autres valeurs que celles du rêve. Il est assis tellement près de lui qu'il pourrait en se penchant entendre battre son coeur dans sa poitrine. Ces battements expriment peut-être déjà les tornades de la grande plaine du nord."

Un très grand livre, un de ceux dont on se sent en deuil après avoir tourné la dernière page.

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