31.01.2007

Une question parmi d’autres (2)

« …la société contemporaine veut nier l’horreur. Quand j’étais petit, on conduisait les enfants au chevet des morts. Maintenant, nous sommes dans un monde qui n’est pas préparé à recevoir de plein fouet le visage de la réalité telle qu’elle est, ou telle qu’elle finit forcément par arriver.

Jusqu’à quel point faut-il avoir pitié d’une collectivité qui ne veut pas regarder la réalité en face ? Des individus, oui, on peut avoir pitié, mais de la société, non. Une société qui, neuf cents ans après Homère, a eu toutes les informations nécessaires sur l’horreur et n’est même pas capable de les utiliser pour se protéger ? Qui préfère s’installer dans une fiction confortable, en se rendant complètement vulnérable ? »

Arturo Pérez-Reverte dont le dernier roman, Le peintre de batailles vient de sortir.

- Et moi ?

- La télé et les médias, ils nous abreuvent d’horreur et de violence OU ils nous éloignent de l’horreur réelle ?

Folles de Dieu

Au commencement, Dieu créa l’homme. Pour se divertir. Parce que, si le rire est le propre de l’homme et que Dieu a créé l’homme a son image, Dieu aime rire. Et il trouva l’homme rigolo. Longtemps il le regarda évoluer avec l’oeil amusé et bienveillant d’un père aimant. Il trouvait ses maladresses attachantes et ne voyait que ses côtés les plus prometteurs. Les menhirs qu’il lui offrait n’étaient-ils pas mignons comme des dessins d’enfant ? Ils contenaient déjà en germe la grandeur des pyramides et temples à colonnes qu’il lui édifierait plus tard. L’homme était aussi divertissant. Il était paillard, faisait l’amour gaillardement, s’enivrait à chaque occasion, guerroyait, bataillait, festoyait de bon cœur, le régalait de comédies que de tragédies… Bref, Dieu s’amusait et se sentait comblé.

Jusqu’au jour où, tel une épouse comblée qui a besoin de se sentir femme dans les bras d’un amant, il céda à la coquetterie. Il voulut être connu pour ce qu’il était. Il enverrait donc un fils de sa nombreuse descendance dire aux hommes qu’il était unique et grand. Sa descendance comptait à côté de Jésus une floppée de joyeux drilles et drillettes pas timorées. Jésus avait toujours été le Tintin au milieu de cette famille de Gastons. Mais il cassa tellement les c… de son père qu’il finit par céder et l’envoya en mission. A minuit, le 25 décembre de l’an 0, il lui ouvrit la porte du paradis pour qu’il vienne éclairer nos lanternes qui n’avaient rien demandé. Ce fut la plus grosse bourde de sa longue existence. Bourde qu’il regrette encore.

Jésus. Non seulement il n’avait jamais été un boute-en-train mais en plus, c’était pas 007. Dès que le trac monta un peu, il oublia les recommandations de son bon père. Il perdit ses miettes d’humour et laissa libre cours à son penchant austère et ascète. Celui que son père avait toujours réprouvé. Dieu, observant la tournure des opérations, n’eut finalement d’autre choix que de le rapatrier d’urgence le vendredi saint de l’an 33. Il avait malheureusement un peu tardé à réaliser l’ampleur des dégâts. Au moment où il le rappela suffisamment fermement, Jésus avait déjà enraciné la lignée de sombres erres dont nous connaissons les descendants. Comme chacun sait, ceux-ci sauraient manœuvrer habilement et développer leur business jusqu’à en faire le leader sur le marché occidental, infiltrant tous les esprits et rouages de la société. En matière de monopoles, ceux-là ont tout appris à Bill Gates.

Plus leur business florissait, plus Dieu dépérissait. Rongé par l’ennui. L’homme constamment en proie à la culpabilité ne faisait plus rien sans retenue. Il faisait sans cesse la guerre mais sans humour. Le monde n’était plus que désolation et tristesse. Il y avait bien eu Borgia et ses intrigues qui avaient fait un bon feuilleton de l’été mais ça faisait léger en 2000 ans. Dieu sombrait doucement dans une dépression qui le conduisait inexorablement au suicide. Aujourd’hui, il serait bel et bien mort, comme l’ont prophétisé certains, s’il ne s’était repris en main.

Il a décidé de monter une troupe de bouffons, enfin de Fous de Dieu. Et les homos ont cartonné lors des castings. Il les trouve divertissants. Il leur trouve aussi ce brin d’impertinence et de dérision indispensable pour faire un bon Fou. Acquis peut-être à force de surnager dans l’océan de pensée hétéro dominante rempli par les tristes sires qui se réclament de lui depuis deux millénaires ?  L’appellation Fous de Dieu ayant déjà été déposée, le band céleste s’appellera naturellement les Folles de Dieu ©.

Il arrive encore au Très Haut de penser à ce que serait le monde si son fils avait encouragé ce genre de profil plutôt que des lèche-bottes arrogants, juste bons à bâtir des cathédrales et terroriser les foules. Mais ces accès de mélancolie ne font que passer. Rapidement Dieu se ressaisit. Sans scrupules, il retourne à ses folles et coule des jours joyeux.

PS : C’est pour un sondage : pensez-vous que le fou Stéphane Bern ai une chance d’intégrer un jour les Folles de Dieu ?

17.01.2007

Une question parmi d'autres

Hasards de vie, de lecture et de cinéma…  Dans Rois et Reines, un père fait part à sa fille, jusqu’alors convaincue d’être chérie, du mépris et de la haine qu’elle lui inspire. Révolté à l’idée de sa disparition prochaine, il regrette de ne pouvoir détourner sa propre mort vers elle : « Ma petite fille tu es âcre, froide et superficielle comme du lait caillé. Je suis en colère contre toi. Ta fierté a tourné en une vanité aigre. Ton orgueil est devenu une coquetterie stupide. Aujourd'hui tu es une outre d'amertume. Je te crains, je te hais ma petite fille. Je voudrais que tu aies mon cancer et que tu souffres et avoir du temps pour te pardonner. Alors je meurs dans la colère. Je ne supporte pas que tu me survives, je voudrais que tu meures à ma place »

Du côté de chez Philip Roth, Mickey Sabbath renonce à se suicider parce que « tout ce qu’il haïssait se trouvait ici ».

Contraste : Aznavour chante la mort paisible de la grand-mère au milieu des siens. Apparemment sans regret au moment de quitter cette vie où elle a aimé et été aimée.

Haïr et vouloir vivre. Aimer et accepter la mort. Qu’est ce qui nous attache le plus à la vie ? Ce que nous aimons ou ce que nous haïssons ? Ou encore, ceux qui haïssent sont-ils plus attachés à la vie que ceux qui aiment ?

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