23.05.2006
Moralité, c'est pas le Pérou
Il s’en passe des choses au pays des mangeurs d’étoiles. Après que la candidate féminine se soit mise hors course en déclarant qu’elle avait regardé des films porno et qu’elle était déjà entrée dans un sex shop, il reste deux candidats au tour final de la présidentielle apparemment aussi peu recommandables l’un que l’autre.
Pour ajouter de la hauteur au débat, la mère du candidat nationaliste a déclaré à la presse locale : "Je vous parie qu'avec deux violeurs fusillés il n'y aura plus de viols, et qu'avec deux homosexuels que l'on fusillerait il n'y aurait plus autant d'immoralité dans la rue." Ce qui démontre 1) un manque de connaissance navrant sur les effets de la peine de mort 2) que les discours de Benêt XVI trouvent oreilles pour les entendre et bouches pour les répéter : homosexualité = immoralité. Ca elle a bien compris la dame.
Drôle de monde où il est plus immoral de vivre sa sexualité comme on l’entend que d’avoir du sang sur les mains (c’est le cas des deux candidats encore en lice) ou de s’entourer de conseillers troubles. Certains sont soupçonnés de violations des droits de l’homme, d’autres de corruption dans ce pays où plus de la moitié de la population est considérée comme pauvre.
Preuve que cette moralité étonnante n’est pas l’apanage des pays sous-développés, je me rappelle du bruit qu’a fait la fellation d’une stagiaire américaine même pas appétissante. Vacarme assourdissant comparé au silence sur les dégâts provoqués par les progrès de l’ultralibéralisme sous sa présidence ou les effets collatéraux de sa politique extérieure.
Quand le monde semble à ce point perdre la tête, on en vient à être content que la mère du président pense juste à une leçon par l’exemple plutôt qu’à une solution finale. Mais attendez qu'une âme bien attentionnée lui explique le concept...
19:30 Publié dans Poil à gratter | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
03.05.2006
To be or not to be... heureuse?
Sondage après sondage, plus de 90% des français se déclarent très ou plutôt heureux. La formulation « plutôt heureux » me paraît hasardeuse. Comment être plutôt heureux ? C’est comme être plutôt croyant ou plutôt amoureux. Il est des adjectifs binaires, on l’est ou on ne l’est pas mais on ne l’est pas plutôt ou un peu. Et heureux est un adjectif binaire. Disons donc que « plutôt heureux » signifie davantage « bien » qu’heureux. Ca nous laisse quand même plus de 20% voire près de 30% de français qui n’hésitent pas à se déclarer très heureux. Le « très » ne me paraît d’ailleurs pas plus approprié que le « plutôt ». Avec ou sans "très", le chiffre ne me laisse pas moins perplexe.
Parce que quand je regarde autour de moi, je vois des gens tellement absorbés par leur quotidien, tellement fermés au monde et à l’autre que je ne vois pas comment ils trouvent le temps et l’énergie de rencontrer le bonheur.
Mais surtout parce que je crois que seule l’arrivée de nouveaux plaisirs nous rend très heureux. Même si la source de ces plaisirs dure, elle ne nous rendra pas éternellement « très heureux ». On pourra en rester « plutôt heureux » mais pas durablement « très heureux » et il faudra que nous voyons de nouveaux désirs satisfaits pour nous ramener dans la réponse « très heureux ». Il suffit pour s’en convaincre de se rappeler que même l’amour le plus fort ne permettra pas à un couple trop fusionnel de se noyer dans le bonheur jusqu’à la mort. Le bonheur est par essence cyclique. Après avoir atteint un bonheur, il faudra se mettre en quête d’un autre pour rester heureux.
Si on traduit ces 20 à 30% de très heureux à l’échelle d’une vie, cela veut dire qu’en moyenne, un français satisfait suffisamment de ses désirs pour être heureux 20 à 30% du temps. Personnellement, j’ose dire que j’en suis loin. Si je peux dire que j’ai été peu souvent malheureuse, je dirais que les moments où je me suis sentie heureuse (avec ou sans « très ») ont été à peine moins rares. Pour mon malheur ou pour mon bonheur, je ne me suis rendue compte de mon handicap qu’en tombant sur ces sondages. Jusque là, je lisais plutôt des pessimistes qui me laissaient croire que mon sort était tout à fait dans la norme, voire enviable.
Ce bon Freud : «On serait tenté de dire qu'il n'est pas entré dans le plan de la création que l'homme soit heureux». Encore un truc sur lequel il s’est lamentablement planté.
Vous allez me dire que je les cherche mais Cioran : « Une constatation que je peux vérifier, à mon grand regret, à chaque instant: seuls sont heureux ceux qui ne pensent jamais, autrement dit ceux qui ne pensent que le strict minimum nécessaire pour vivre. La vraie pensée ressemble, elle, à un démon qui trouble les sources de la vie, ou bien à une maladie qui en affecte les racines mêmes. » Et là, je me demande si c'est moi qui n'ai rien compris ou s'il faut tirer des conclusions à l’échelle de la France.
Je suis toujours aussi perplexe…
20:55 Publié dans Mon petit monde à moi | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note

