03.05.2006
To be or not to be... heureuse?
Sondage après sondage, plus de 90% des français se déclarent très ou plutôt heureux. La formulation « plutôt heureux » me paraît hasardeuse. Comment être plutôt heureux ? C’est comme être plutôt croyant ou plutôt amoureux. Il est des adjectifs binaires, on l’est ou on ne l’est pas mais on ne l’est pas plutôt ou un peu. Et heureux est un adjectif binaire. Disons donc que « plutôt heureux » signifie davantage « bien » qu’heureux. Ca nous laisse quand même plus de 20% voire près de 30% de français qui n’hésitent pas à se déclarer très heureux. Le « très » ne me paraît d’ailleurs pas plus approprié que le « plutôt ». Avec ou sans "très", le chiffre ne me laisse pas moins perplexe.
Parce que quand je regarde autour de moi, je vois des gens tellement absorbés par leur quotidien, tellement fermés au monde et à l’autre que je ne vois pas comment ils trouvent le temps et l’énergie de rencontrer le bonheur.
Mais surtout parce que je crois que seule l’arrivée de nouveaux plaisirs nous rend très heureux. Même si la source de ces plaisirs dure, elle ne nous rendra pas éternellement « très heureux ». On pourra en rester « plutôt heureux » mais pas durablement « très heureux » et il faudra que nous voyons de nouveaux désirs satisfaits pour nous ramener dans la réponse « très heureux ». Il suffit pour s’en convaincre de se rappeler que même l’amour le plus fort ne permettra pas à un couple trop fusionnel de se noyer dans le bonheur jusqu’à la mort. Le bonheur est par essence cyclique. Après avoir atteint un bonheur, il faudra se mettre en quête d’un autre pour rester heureux.
Si on traduit ces 20 à 30% de très heureux à l’échelle d’une vie, cela veut dire qu’en moyenne, un français satisfait suffisamment de ses désirs pour être heureux 20 à 30% du temps. Personnellement, j’ose dire que j’en suis loin. Si je peux dire que j’ai été peu souvent malheureuse, je dirais que les moments où je me suis sentie heureuse (avec ou sans « très ») ont été à peine moins rares. Pour mon malheur ou pour mon bonheur, je ne me suis rendue compte de mon handicap qu’en tombant sur ces sondages. Jusque là, je lisais plutôt des pessimistes qui me laissaient croire que mon sort était tout à fait dans la norme, voire enviable.
Ce bon Freud : «On serait tenté de dire qu'il n'est pas entré dans le plan de la création que l'homme soit heureux». Encore un truc sur lequel il s’est lamentablement planté.
Vous allez me dire que je les cherche mais Cioran : « Une constatation que je peux vérifier, à mon grand regret, à chaque instant: seuls sont heureux ceux qui ne pensent jamais, autrement dit ceux qui ne pensent que le strict minimum nécessaire pour vivre. La vraie pensée ressemble, elle, à un démon qui trouble les sources de la vie, ou bien à une maladie qui en affecte les racines mêmes. » Et là, je me demande si c'est moi qui n'ai rien compris ou s'il faut tirer des conclusions à l’échelle de la France.
Je suis toujours aussi perplexe…
20:55 Publié dans Mon petit monde à moi | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note


Commentaires
Le coeur du probleme, c'est que la définition du bonheur n'est pas strictement identique selon les individus. J'ai longtemps cru que les connards étaient heureux parce que peu préoccupés de questions existentielles ou de l'avenir de notre planète ou du sort de sfemmes afghanes. En fait ils ne sont pas heureux ; ils sont animaux. Parfois ils sont joyeux, mais ça n'a rien à voir avec le bonheur.
Ma mère disait : on ne peut pas être heureux tout le temps ; une vie heureuse c'est une vie qui offre suffissament de moments de bonheur
bon
mais on est revenues au point de départ
c'est quoi "suffisament"...
:-)
PS : en ce moment je ne suis pas heureuse ; mais je l'ai été
Ecrit par : laurence | 05.05.2006
J’ai parfois le sentiment de ne pas être tendre pour mes semblables mais « animaux »… c’est pas moi qui l’ai dit ! Et pourtant, en écrivant la suite, je comprends que tu dises ça.
« Joyeux » ne me paraît pas convenir à ce que je vois autour de moi. La joie, c’est quelque chose de profond et de contagieux. Or, je n’en vois pas un sur cinq rayonner de joie. Je dirais qu’ils sont « contents ». Contents de leur vie, de leur situation, de consommer… Contents mais ni heureux ni joyeux, du moins au sens où je comprends ces mots.
Le pire, ce serait de vivre juste content sans s’en rendre compte. Ce serait de se priver moi-même de la possibilité même d’atteindre le bonheur. Au plus j’y pense, au plus les bonheurs que j’ai connus ont été le résultats de désirs d’abord insatisfaits et des efforts pour les satisfaire. Ce qui m’a rendue le plus heureuse, c’est d’être arrivée à me dépasser. Mais je ne me rappelle pas de bonheur tombé du ciel. Même quand c’est l’amour qui m’a rendue heureuse, c’est parce que j’étais prête pour une histoire qui valait la peine, à prendre des risques et à m’investir. Les histoires « faciles » ne m’ont rien apporté qui ressemble au bonheur.
Quand au malheur du monde, s’il faut attendre qu’il ait disparu avant d’être heureux… J’espère qu’on peut être heureux en restant ouvert au monde et en ayant envie d’agir pour le changer. Il n’y a rien de plus beau que des gens heureux qui s’engagent. Parce qu’ils n’y cherchent rien pour eux-mêmes.
Ecrit par : Leznotte | 08.05.2006
"Parce que quand je regarde autour de moi, je vois des gens tellement absorbés par leur quotidien, tellement fermés au monde et à l’autre que je ne vois pas comment ils trouvent le temps et l’énergie de rencontrer le bonheur."
mais justement, être ouvert au monde semble difficilement compatible avec le bonheur. Comment être heureuse si l'on est perméable et réceptive aux autres dans le monde. Par exemple, militer même à un niveau individuel, écrire pour Amnesty ou écrire pour dénoncer une pub sexiste, ce n'est pas vraiment être heureuse, parce que les problèmes des femmes me traversent vraiment (au pire, s'infiltrent dans les plaies que je porte, dans "mes cicatrices") mais j'en tire une satisfaction profonde, comme le devoir accompli, une infime amélioration ou un infime recul ou tenue à l'écart du machisme, du sexisme, des violences, etc.
Mais être heureuse en étant très réceptive reste difficile. La joie profonde perso ça peut être effectivement l'entourage amical ou familial, si ça se passe bien, qui donne une stabilité.
La vie vient aussi par vagues, moments hauts moments creux, il faut savoir que l'un comme l'autre ne dure pas. Quand on a un malheur profond, s'attacher à de petits plaisirs à portée de main permet de tenir jusqu'aux jours meilleurs. Quand on est en haut de la vague, l'énergie peut être utile en la redistribuant, par l'écriture par exemple, l'action, parler aux autres de ce qui nous anime.
Etre débranchée de beaucoup de choses, ça permet paradoxalement, parfois, de s'impliquer pour les autres. D'avoir une petite carapace de résistance tout en gardant de l'humanité.
Ecrit par : Dominique | 09.05.2006
Dominique, on doit avoir des conceptions du bonheur ou des modes de fonctionnement différents ... J'ai l'impression que tu vois le bonheur comme quelque chose qu'on ne peut vivre qu'en s'isolant, en créant une bulle autour de soi. Pour moi, si le bonheur est un ressenti très personnel, je suis bien plus disponible aux autres -et à leurs problèmes- quand je me sens heureuse que quand ce n'est pas le cas. Et mon environnement m'a souvent aidé à le trouver de manières très diverses.
Par contre, il m'est arrivé de me sentir heureuse tout en restant consciente de certaines injustices et problèmes du monde. C'est peut-être de l'égoïsme, un manque d'empathie ou de conviction mais je n'ai pas besoin de croire que le monde entier est heureux pour me sentir heureuse. Heureusement...
Je ne sais pas si je suis très claire mais si je n'ai pas besoin que le monde entier soit heureux pour que je le sois, je ne peux l'être en isolation, indépendement de tout ce qui m'entoure.
Ecrit par : Leznotte | 09.05.2006
Comme quoi nos conceptions du bonheur sont forcément différentes. Perso, j'en ai un peu ras le dronte de ces sondages qui enferment les gens dans des cases (ô combien subjectives), prenant la parole un peu forcée, je présume, des sondés pour une vérité personnelle et inaliénable.
Impossible à définir, à mesurer ("allez, cochez, heureux à 60 ou à 70% ? Vite, vite, il est déjà 17 heures !"). & que dire à un inconnu lors d'un sondage de ce type ? Moi-même, je ne saurais pas. Je me sens bien, mais pas toujours "heureuse", enfin, peut-être. & puis par rapport à quoi, à qui ?
Ecrit par : Chaminou | 09.05.2006
être vraiment coupée du monde et d'une partie de moi, hors d'atteinte, ça m'est arrivé par hasard, en étant plongée dans des instants de peur, de violence. Peut être que ça m'a permis de supporter, c'est très ancien. Du coup, maintenant ce truc là m'est resté, de me sentir comme "en dehors" et d'y être très bien. Maintenant ce n'est plus que partiel, parce que je communique bien avec les autres, j'ai toujours bossé, intégrée, etc., j'ai une vie de famille comme on dit. Mais pour le bonheur je ne me sens bien que de l'autre côté de la vitre. J'adore rire, la bd, les sketches, j'aimais bien Rire et Chansons, la radio, si seulement c'était pas si sexiste. J'ai découvert une humoriste, Florence Foresti (ortho ?), vu une vidéo de son spectacle, à se tordre de rire surtout le sketch "on ne veut pas de vos enfants en vacances", c'est très bien vu. Son sketch aussi où elle inverse les rôles homme/femme dans l'entreprise, bien bien visé !
Ecrit par : Dominique | 17.05.2006
ben alors je croyais les français toujours râleur… moi? heureux pas moments, pas l'ideal, mais ça va… allez heureux à 75% mais au vu d ela misere du monde je serait honteux de ne pas l'être
Ecrit par : yoyostereo™ | 19.05.2006
J'aurais tendance à dire qu'il est très difficile de saisir la réalité des choses à travers ce type de sondage. Ne pourrait-on imaginer qu'il existe une certaine pudeur, une certaine retenue ou qu'il faut avoir fait fi de son orgueil pour admettre que sa propre vie est un échec ? Alors... on n'ose pas dire qu'on est très heureux et on répond "plutôt heureux"...
Pour ma part, je ne recherche pas plus la joie que le chagrin. Ce sont des émotions éphémères qui naissent et meurent en fonction des conjonctures de notre vie. Ma recherche est tournée vers la sérénité. Ce n'est pas une émotion. Il ne s'agit pas non plus d'une fermeture au monde, de s'endurcir et de rester stoïque en serrant les dents. Il s'agit, dans mon esprit, d'un état où domine la stabilité et l'ouverture. Toutes les émotions qui font les couleurs de notre vie peuvent naître et disparaître de manière fluide et douce. Accepter avec une même douceur, la douleur et la joie plutôt que repousser la première et courir derrière la seconde.
J'ai beaucoup à apprendre dans cette quête.
Ecrit par : Tok' | 22.05.2006
Tok => tu m'otes les mots de la bouche (enfin, du clavier en l'occurence). Je ne pouvais le formuler aussi bien mais c'est dit. Si on ne peut capturer le bonheur, la sérénité est à notre portée. D'autant plus qu'elle est peut-être la prédisposition la plus favorable au bonheur.
Dominique => et c'est vrai qu'il m'est arrivé à moi aussi de me retirer pour me retrouver quand je sentais que les remous du monde me faisaient perdre pied. Mais ce que j'ai trouvé dans ces moments, c'était plus de la sérénité et de la force que du bonheur.
Chaminou => "ras le dronte", c'est d'où ça? Jamais entendu. C'est du même coin que "pêter la night"?
Tout le monde est d'accord sur un truc, ces sondages sont complètement crétins.
Ecrit par : Leznotte | 23.05.2006
"Ras le dronte" est l'une de mes expressions à moi. Normal, donc, que tu ne l'aies (encore ;o)) entendu par ailleurs.
& "Pêter la night", c'est quoi ? Qui ? Où ?
Cha*
Ecrit par : Chaminou | 26.05.2006
Pêter la night, c'est mon côté Pam Lapouf.
C'est faire la fête jusqu'à n'en plus pouvoir. Ca vient de Suisse mais ça fait un tabac à chaque fois que je le dis.
Ecrit par : Leznotte | 30.05.2006
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