28.04.2006
Négociations (salariales surtout)
Mauve l’a dit, il faut résister et éduquer. J’ajouterais que pour résister il faut d’abord s’éduquer. D’où cette rubrique « être une femme », pour partager avec celles qui s’égareront en ces notes oubliées des hommes et des dieux des lectures/expériences intéressantes concernant les femmes (à l’exception de mes aventures sentimentales, ça va sans dire). Pour rendre à Mauve ce qui est à Mauve, la lecture de son blog a été le déclencheur de ceci. Après ce bref hommage, passons à un sujet qui nous concerne toutes à l’exception des rentières.
Souvent, les talents de négociation sont encore évalués selon des critères de réussite masculins et le climat des négociations est imposé par les hommes. Dans un tel monde, les femmes sont réputées être de piètres négociatrices. Celles qui sont arrivées au sommet l’ont fait en jouant la compétition, l’agressivité et la domination comme le font les hommes.
Les obstacles que rencontrent les femmes pour suivre cette voie tiennent autant à elles-mêmes qu’à la perception des autres. Après qu’on leur ait inculqué depuis l’enfance les mérites de la discrétion et de la douceur, elles doivent d’abord surmonter ce qui est devenu un réflexe pour elles. Quand elles le font, la société est choquée de les voir sortir du rôle qui leur avait été assigné. A cause de ces différences de perception, une femme qui se comporterait exactement comme un homme n’obtiendrait pas les mêmes résultats. Il faut en plus qu’elle enveloppe son discours de fer dans un gant de velours pour avoir une chance de faire mouche.
Plusieurs études tendent maintenant à montrer qu’au-delà des impressions, les femmes seraient de bonnes négociatrices si on mesure leurs résultats selon des critères plus objectifs. Les traits de caractère considérés comme plus féminins : l’intuition, la curiosité, la sensibilité… constitueraient des atouts en situation de négociation.
La revue World Business énumère les atouts féminins en matière de négociation :
· “Ability to put themselves in their counterparties’ shoes
· Comprehensive, attentive and detailed communication style
· Empathy that facilitates trust-building
· Curious and attentive listening
· Less competitive attitude
· Strong sense of fairness and ability to persuade
· Proactive risk manager
· Collaborative decision-making”
Elle oublie :
· Notre incontestable charme
Reste que si les femmes disposent de réels atouts, elles sont mauvaises quand il s’agit de négocier leur salaire. Parmi les facteurs qui nous déforcent quand arrive l’heure de discuter notre rémunération :
· notre légendaire discrétion,
· manque de confiance en nous qui nous amène à sous-évaluer la valeur de notre travail,
· on sait toutes qu’on est mauvaises pour ça,
· mauvaise résistance à l’incertitude qui nous fait accepter trop vite une mauvaise proposition,
· on se compare plus à nos copines qu’à nos copains qui sont en moyenne mieux payés que nous,
· confiance en l’équité de l’employeur. Les filles, vendre son travail, c’est pas comme acheter une robe de mariée chez Tati. Le prix affiché, il faut le négocier. Les hommes le font en moyenne beaucoup plus que les femmes et ça suffirait à expliquer une bonne partie de l’écart de salaire entre eux et nous.
A titre d’illustration des deux derniers points, une histoire vraie. Une entreprise propose à une employée de l’expatrier et lui fait une première offre. Sur base de ses recherches, l’employée avait espéré obtenir 33% de plus et répond donc du tac au tac qu’à ces conditions, elle refuse. Toujours sans avoir annoncé le montant qu’elle avait espéré. Encore plus vite qu’elle a refusé, l’employeur augmente son offre de 50%. En fait, à première vue, la première offre semblait alléchante et l’employée l’aurait acceptée si elle ne s’était pas informée. Elle ne peut quand même pas reprocher à son boss d’avoir essayé. Mais parce qu’elle s’était renseignée, elle savait ce qu’elle valait sur le marché où on lui demandait d’aller et l’a obtenu. Leçon supplémentaire au passage : toujours laisser l’employeur faire la première offre.
Donc, les filles, quand viendra la saison des évaluations, faites vos devoirs :
· avant d’aller négocier, renseignez-vous bien sur les normes salariales liées à votre job. Incluez de préférence des hommes dans votre échantillon ;
· pour vous mettre en confiance, n’hésitez pas à répéter votre entretien de négociation, à envisager les arguments possibles de votre employeur (2,5% d’augmentation, c’est quand même bien, non ? La moyenne pour toute la boîte est de 2, 17%, alors 2,5… tu vois qu’on a fait un effort), à passer le temps qu’il faut pour vous convaincre que, quoiqu’en dise la pub, vous valez bien plus que le meilleur des shampoings l’Oréal.
Vous vivez bien sans ? Pas grave, vous le donnerez à une ONG. Mais, c’est Leznotte qui vous le dit : c’est votre devoir d’obtenir tout ce que vous pouvez. Et une fois que vous l’aurez obtenu, coachez vos copines.
Dans un monde où l’argent est roi, l’égalité des sexes passe par celle des salaires. Ce n’est pas un sujet très excitant. Et justement, puisque ce n’est pas très emballant, négocions bien une fois pour toute et passons l’âme en paix à autre chose.
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03.04.2006
Rêves d'enfant
Que sont devenus vos rêves d’enfant? C’était une des questions du questionnaire de Sophie Calle dans les Inrockuptibles avant qu’ils ne changent la formule.
Mes rêves d’enfants, je me souviens de leur absence. Rien de ce à quoi j’avais accès ne me faisait rêver. Les histoires de prince charmant, la vie des mes parents, les rêves de mes copines, Candy et autres Walt Disney, mannequins sur papier glacé, vacances en Espagne, parcs d’attraction… tout ça me paraissait fade, convenu, indigne de mes aspirations. Mon rêve n’était qu’en négatif, je ne voulais pas de ce que je connaissais, je voulais de l’autre chose, un grand voyage intérieur destination inconnue.
Ce sont les livres qui m’ont révélé mes rêves, m’ont permis de sortir de la bulle aseptisée dans laquelle on avait enfermé mon enfance. Une tante complice m’alimentait judicieusement. Mes géniteurs n’ont jamais eu l’idée de vérifier ce côté du barrage.
Dans les livres, j’ai trouvé ce que je ne voyais pas autour de moi : des gens qui vont au bout d’eux-mêmes, qui cherchent la vie, la poursuivent sans relâche, la pressent jusqu’à ce qu’il n’y ait plus une goutte de jus. J’ai trouvé la destination de mon voyage : l’absolu, l’intense, l’extrême. Aimer trop ou pas du tout mais pas un peu, détester pareillement, être très heureuse ou très malheureuse mais pas juste bien, flamber ou manquer mais pas gérer. Si je n’ai pas eu de rêves d’enfant, j’ai eu ce rêve adolescente.
Qu’est devenu mon rêve d’adolescente ? « Avant je n’avais pas le droit de faire certaines choses. Avant j’avais hâte de devenir adulte pour être libre. … Ce n’est pas l’interdiction que je regrette. C’est la force de mes rêves. Avant, je croyais. Avant, j’avais de l’imagination. Avant, j’espérais. Avant il suffisait de fermer les yeux pour voler dans le ciel. » J’ai eu les larmes aux yeux quand j’ai lu ce passage d’une de mes auteurs favorites.
La force de mes rêves… Mon rêve vit toujours mais la vie a installé un labyrinthe entre lui et moi. Ses rayons ne réchauffent plus ma peau. J’enfile ces manteaux 50% réalisme / 50% compromis que je rejetais. Mon rêve est toujours aussi fort mais il m’a distancée.
17:05 Publié dans Mon petit monde à moi | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note

